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Résumé

La dengue, transmise principalement par le moustique Aedes aegypti (L.) connait actuellement une émergence spectaculaire sur le plan mondial. A la Martinique, 5 épidémies sont survenues en 15 ans, touchant plus de 100 000 personnes et faisant plus de 30 décès. Il y a actuellement ni vaccin, ni médicaments spécifiques pour lutter contre cette arbovirose et le principal recours reste la lutte contre le moustique vecteur. Malheureusement, la lutte antivectorielle se heurte à de nombreuses limitations d’ordre opérationnel (faible participation des populations et collectivités, résistance du vecteur aux insecticides), financier (coût des traitements) et législatif (réduction du panel d’insecticides disponibles, directive biocide Européenne). Une approche intégrée de la lutte antivectorielle est donc nécessaire pour proposer des stratégies de prévention et de lutte plus efficaces contre cette maladie. Sur le plan des vecteurs, il est urgent de mieux comprendre les facteurs génétiques impliqués dans la résistance aux insecticides et leurs impacts sur les stratégies de lutte et de mettre en place des stratégies « raisonnées » de gestion de ces résistances.

Dans un premier temps, nous avons montré que la résistance chez les populations de Ae. aegypti de Martinique est polyfactorielle, associant des processus métaboliques (surexpression d’enzymes de détoxification) et des modifications de la cible visée par les insecticides (mutation Kdr). Nos études en microarrays validées ensuite par PCR quantitative ont montré que plusieurs gènes de détoxification, potentiellement impliqués dans la résistance, étaient surexprimés chez les populations sauvages par rapport à la souche sensible de référence. L’inhibition de deux gènes candidats (CYP6M6 et CYP6Z6) par la technique d’ARN interférence n’a toutefois pas pu confirmer leur rôle dans la résistance aux pyréthrinoïdes. Nous avons ensuite montré que la résistance aux insecticides couramment utilisés par le service de la démoustication (pyréthrinoïdes et organophosphorés) était forte mais répartie de manière hétérogène dans les populations de Ae. aegypti récoltées sur l’île. La forte structuration génétique observée pourrait expliquer cette hétérogénéité dans la résistance d’autant plus que cette structuration semble fortement corrélée au degré d’urbanisation et aux nombres de traitements insecticides effectués dans le cadre des programmes de santé publique.

Dans un deuxième temps, nous avons étudié l’impact phénotypique de la résistance sur l’efficacité de produits larvicides et adulticides à l’échelle opérationnelle. Nos résultats ont montré pour la première fois un impact très important de la résistance sur l’efficacité de pulvérisations spatiales de pyréthrinoïdes, suggérant que ces traitements auraient un impact limité sur la réduction de la transmission du virus en période épidémique. En revanche, nous avons montré la potentialité d’utiliser des produits larvicides alternatifs (pyriproxyfen, spinosad, diflubenzuron) pour le contrôle des larves de Ae. aegypti résistantes aux insecticides organophosphorés. Enfin, nous avons démontré que de nouvelles stratégies de lutte basées sur l’association de plusieurs molécules à mode d’action différent pourraient offrir des perspectives intéressantes pour augmenter l’effet résiduel des traitements (synergie) et contribuer à une meilleure gestion des résistances dans les populations sauvages.

Ces travaux de thèse associant recherche fondamentale et opérationnelle ont permis d’améliorer nos connaissances sur les bases génétiques de la résistance aux insecticides et de mieux appréhender leurs impacts sur les opérations de lutte antivectorielle. Notre étude montre qu’il est urgent de disposer de nouveaux outils et stratégies de lutte pour faire face au développement des résistances chez les vecteurs de la dengue.



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